Alzheimer et EHPAD : unités protégées et prise en charge
Publié le 29 mars 2026 · Par SeniorVigil
En France, environ 30 % des résidents en EHPAD souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Les unités protégées – principalement les Unités d’Hébergement Renforcé (UHR) et les Pôles d’Activités et de Soins Adaptés (PASA) – accueillent spécifiquement ces patients avec un surcoût de 200 à 500 €/mois par rapport à un hébergement classique. Cette prise en charge spécialisée offre un environnement sécurisé et du personnel formé, réduisant les risques de fugue, d’agitation et améliorant la qualité de vie. Selon la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques), 85 % des EHPAD proposent au moins un type de dispositif dédié Alzheimer.
Qu’est-ce qu’une unité protégée en EHPAD ?
Une unité protégée est un espace fermé, sécurisé et spécifiquement conçu pour les personnes atteintes de troubles neurodégénératifs. Ces unités fonctionnent selon deux modèles principaux :
UHR (Unité d’Hébergement Renforcé)
L’UHR est une vraie chambre-appartement au sein de l’EHPAD, dédiée exclusivement au résident Alzheimer. Elle offre une autonomie maximale tout en assurant la sécurité : sorties sans risque de fugue, accès aux espaces communs de l’EHPAD sécurisés, et suivi médical intensif. Le ratio d’encadrement est renforcé : 1 aide-soignant pour 4 à 6 résidents (contre 1 pour 8 en unité classique).
PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés)
Le PASA complète l’EHPAD standard. C’est un espace d’accueil de jour ou semi-internat, accessible à des résidents qui ne nécessitent pas encore une UHR à temps plein. Les patients y passent 2 à 5 jours par semaine pour bénéficier d’activités thérapeutiques, de stimulation cognitive, et de diagnostic précoce. La HAS (Haute Autorité de Santé) recommande un PASA pour 120 places d’EHPAD minimum.
Critères d’admission et diagnostic
L’accès à une unité protégée repose sur une évaluation médicale multidisciplinaire. Selon la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie), les critères incluent :
- Diagnostic confirmé de maladie d’Alzheimer ou maladie apparentée (diagnostic posé par neurologue ou gériatre)
- Troubles du comportement modérés à graves : fugues répétées, agressivité, déambulation, perte de l’orientation
- Dépendance physique évaluée selon le GIR (Groupe Iso-Ressources), généralement GIR 2 à 4
- Évaluation gériatrique complète incluant l’état cognitif (Mini-Cog, MoCA), l’autonomie (IADL, ADL) et la charge aidant
L’absence d’une seule UHR disponible peut justifier une admission d’urgence. La demande d’admission se fait via le dossier MDPH et consultation du réseau de gérontologie local.
Coûts et financement des unités protégées
Les tarifs varient selon la région et le prestige de l’établissement. En 2026, les coûts moyens sont :
- EHPAD standard : 1 800 à 2 500 €/mois
- EHPAD avec PASA : +150 à 300 €/mois
- EHPAD avec UHR : +200 à 500 €/mois
La majoration Alzheimer est justifiée par les investissements en sécurité (portes à code, jardins clos, vigilance 24h/24) et par l’augmentation de l’encadrement (infirmier + aide-soignant spécialisés).
À retenir : Les prestations de l’aide sociale à l’enfance (ASE) ne couvrent pas spécifiquement les UHR, mais l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) peut couvrir jusqu’à 1 500 €/mois selon les ressources. Consultez un gestionnaire de cas à la MDPH pour optimiser votre financement.
Aides possibles
- APA à domicile convertible partiellement lors d’une admission (plan personnalisé)
- Aide sociale départementale si ressources < plafond SMIC
- Pension d’invalidité ou allocation adulte handicapé (AAH) si conditions remplies
- Assurances dépendance (complément privé) : vérifiez les clauses “maladie d’Alzheimer”
Pour plus de détails, consultez notre guide Aides financières et EHPAD.
Prise en charge médicale et thérapeutique
Équipe multidisciplinaire
Les unités protégées déploient une équipe formée : médecin gériatre, infirmier diplômé d’État, aide-soignant spécialisé, psychologue clinicien, animateur/ergothérapeute. Selon la HAS, chaque professionnel doit avoir suivi au minimum 21 heures de formation continue Alzheimer par an.
Protocoles et activités
- Thérapies non médicamenteuses : validation, aromathérapie, musicothérapie, stimulation multisensorielle
- Activités structurées : ateliers mémoire, jeux cognitifs, sorties adaptées, horaire clair (réduction du syndrome du soir)
- Monitorage comportemental : surveillance des signes de dépression, apathie, agitation ; ajustement des interventions
- Révision régulière du traitement médicamenteux pour minimiser les neuroleptiques (recommandation HAS 2024)
Points-clés pour bien choisir une UHR
Avant de choisir votre EHPAD, inspecter l’unité protégée sur ces éléments :
- Environnement physique : espaces fermés sécurisés, absence de danger évident (escaliers), lumière naturelle suffisante, jardin thérapeutique clos
- Taille de l’unité : les meilleures pratiques recommandent 12 à 20 résidents maximum par UHR (favorise cohésion, reduce les dysfonctionnements)
- Ratio d’encadrement documenté : exigez les chiffres ETP (Équivalent Temps Plein) infirmier + aides-soignants
- Certification et accréditations : labels (Qualité Alzheimer, certification HAS, ISO), visites de contrôle ARCS/ARS
- Communication avec la famille : traçabilité des événements significatifs, réunions régulières, accès aux dossiers médicaux
- Accompagnement fin de vie : protocoles de soins palliatifs, formation du personnel, soutien psychosocial des proches
Risques et limites des unités protégées
Attention : Les unités protégées ne sont pas des « prisons dorées ». Une surprotection peut augmenter l’apathie et la dépression. L’objectif est l’équilibre entre sécurité et qualité de vie.
- Effet stigmatisant : le cloisonnement peut accroître le sentiment d’isolement chez le résident lucide en début de maladie
- Turnover du personnel : les infirmiers formés Alzheimer sont très demandés ; un turnover élevé (>30 %/an) nuit à la continuité
- Coûts prohibitifs : même avec l’APA, le reste-à-charge peut atteindre 2 000 €/mois pour les classes moyennes
- Manque de places : dans 60 % des régions, les délais d’attente pour une UHR dépassent 6 mois (DREES 2025)
- Agitation comportementale non résolue : une minorité de résidents ne s’adaptent jamais à l’environnement fermé
Pour atténuer ces risques, la HAS préconise une approche graduée : PASA d’abord, puis UHR si nécessaire ; programme de déambulation supervisée en extérieur ; réunions familiales trimestrielles.
Étapes pour obtenir une admission en UHR
- Diagnostic confirmé auprès d’un neurologue ou gériatre agréé
- Demande MDPH avec dossier complet (certificat médical, évaluation GIR, ressources)
- Consultation de l’équipe médicale de l’EHPAD ciblé
- Visite de l’unité avec le résident et la famille
- Signature contrat de séjour incluant le plan d’accueil personnalisé (PAP)
- Mise en place d’un suivi avec révision trimestrielle des objectifs
Le délai moyen du diagnostic à l’admission est 4 à 8 mois selon les régions.
FAQ – Questions fréquentes
Peut-on refuser une admission en UHR si un PASA suffit ?
Oui. L’UHR est prescrite seulement si troubles comportementaux sévères avérés. Un diagnostic Alzheimer seul ne justifie pas admission UHR si autonomie conservée. Débuter par PASA est recommandé.
Un résident en UHR peut-il sortir de l’établissement ?
Oui, mais encadré. Les règlementations permettent sorties supervisées (avec professionnel). Les sorties sans accompagnement dépendent de la lucidité et de l’accord familial / médecin. La limite légale est l’exercice de la malveillance constatée.
L’APA couvre-t-elle la totalité du surcoût Alzheimer ?
Rarement. L’APA couvre l’aide à la personne (soins) mais pas l’infrastructure (sécurité, jardin clos). L’aide sociale départementale peut compléter. Reste-à-charge moyen : 500 à 1 200 €/mois.
Existe-t-il une alternative au placement en UHR ?
Oui : maintien à domicile avec services (infirmier, aide-soignant, garde de nuit), accueil de jour (PASA), résidence-service + assistantes de vie. Chaque option a des coûts et bénéfices distincts. Consulter un travailleur social.
Que faire si la maladie progresse au-delà des capacités de l’UHR ?
L’UHR peut gérer jusqu’à un certain seuil d’agitation ou de dépendance. Si GIR passe à 1 (grabataire), réorientation vers unité de long séjour ou soins de suite adaptés est envisagée. Anticipez ce scénario avec le médecin.
Comment évaluer la qualité d’une UHR avant admission ?
Demandez : accréditations (HAS, Qualité Alzheimer), ETP encadrement, formation du personnel, rapport de visite ARCS, témoignages de familles résidentes. Visitez à l’improviste si possible (matin, soir) pour observer la vie réelle de l’unité.
Sources et références
- DREES (2025). Les structures d’hébergement pour personnes âgées : enquête EHPA 2024. Ministère de la Santé.
- CNSA (2024). Guide des services et aides aux personnes âgées. Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie.
- HAS (2024). Recommandations pour la prise en charge de la maladie d’Alzheimer en EHPAD. Haute Autorité de Santé.
- Loi Claeys-Leonetti (2016). Droits des malades en fin de vie.
- Boursier G. (2023). L’hébergement des personnes âgées en France. Gérontologie Pratique.
Pour approfondir :